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L’appel de Théo doit être entendu pour réconcilier la police avec les citoyens

Dans les heures sombres qu’il traverse, notre pays a besoin de paix et d’unité. Personne n’a intérêt à jouer les apprentis sorciers en suscitant l’embrasement, après la bavure policière dont a été victime le jeune Théo d’Aulnay-sous-Bois.

 Un scénario qui pourrait ressembler à celui de Clichy-sous–Bois en Seine Saint Denis, il y a 17 ans, en octobre 2005, quand les banlieues se sont enflammées pour protester contre la mort de Bounia Traoré et de Zyed Benna, deux jeunes adolescents de la cité du chêne-pointu. Réfugiés dans un site EDF après une course poursuite policière, ils furent foudroyés par un arc électrique de 20 000 volts et moururent sur le coup à 15 et 17 ans. Les trois semaines d’émeutes et de violence qui ont suivi restent dans toutes les mémoires, comme une cicatrice indélébile du mal être des banlieues, de l’échec de la politique de la ville et du fossé désormais creusé entre les jeunes et la police.
 
17 ans déjà et malgré le temps passé, un temps suspendu, le feu couve toujours sous la braise.

Théo, un fait divers dramatique qui peut se transformer en crise politique en cette période électorale.

 Théo l’a bien compris en lançant son appel au calme et à la justice de l’Hôpital Robert-Ballanger d’Aulnay-sous-Bois où il est hospitalisé, après avoir été blessé sérieusement lors de son interpellation par quatre policiers. Il a exhorté les jeunes de son quartier à ne « pas faire la guerre » et à « rester unis », ajoutant avoir « confiance en la justice ».
 
Il a même souligné qu’il souhaiterait retrouver sa ville « comme il l’avait laissée », dans une allusion aux violences des nuits précédentes. Les quatre policiers sont pointés du doigt par la population locale qui a réclamé justice lors d’une marche blanche citoyenne.

Théo a raison de faire confiance en la justice de son pays, elle est saisie et elle fera son travail. Elle dira de façon claire si l’interpellation « musclée » de Théo est une bavure ou pas et dans l’affirmative les sanctions qui suivront devront être exemplaires, s’il est avéré que ces dépositaires de l’autorité publique se sont rendus coupables de dépassements.

C’est pourquoi toute instrumentalisation politique de ce fait divers est à condamner.

S’il faut relancer la campagne présidentielle sur la thématique sécuritaire et la relation de la police à sa population, ce débat doit être l’occasion d’une vraie mise à plat et de l’émergence de solutions simples et lisibles permettant de réconcilier la police avec les citoyens, et notamment avec ses jeunes après des années de crispation. La question par exemple du contrôle d’identité doit être définitivement réglée, à l’instar d’autres pays européens modernes qui ont mis en place des récépissés pour lutter contre les interpellations abusives voire discriminatoires.

A l’examen approfondi des exemples étrangers, britanniques, espagnols, québécois, destinés à rapprocher la police des citoyens, il apparaît que la remise d’un récépissé aux personnes contrôlées a fait mécaniquement baisser le nombre de contrôles. Ceux-ci apparaissent moins nombreux mais plus pertinents car mieux ciblés. Voilà une piste expérimentée, sans idéologie, par nos voisins mais rejetée par les gouvernements successifs. Jusqu’à quand? De même que le retour à une police de proximité doit être la condition d’une relation de proximité et de confiance entre la police et les habitants. Cette présence du service public est de nature à apaiser les tensions existantes.

A contrario, un procès univoque de la police n’est pas acceptable. Il faut garder en mémoire les efforts importants demandés aux forces de l’ordre en cette période d’état d’urgence et leur engagement, parfois au péril de leurs vies pour notre sécurité contre terrorisme. Ainsi les violentes agressions dont ils ont été victimes, notamment celle de Viry-Châtillon, il y a quatre mois et qui avait suscité des manifestations d’agents de police dans toute la France, doivent être dénoncées sans ambiguïté.

Notre démocratie et notre république ont besoin d’une police qui leur ressemble et qui les rassemble.

L’appel de Théo doit être entendu car il ouvre la voie à la confiance réciproque mais pour cela il faut que le dialogue s’instaure.

Soyons les artisans de ce dialogue.

 

Tribune de Fadila Mehal, Présidente de La République ensemble, parue dans le Huffington Post le 09/02/2017.