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Oui au centre humanitaire dédié à l’accueil des migrants à Paris

Notre association soutient l’initiative de la ville de Paris de créer un centre d’accueil des migrants, situé dans le 18ème arrondissement. Il s’agit d’une mesure humanitaire, responsable, qui touche aux valeurs mêmes de notre République.

Loin des polémiques et des enjeux partisans, la Présidente de notre association Fadila Mehal, par ailleurs élue au Conseil de Paris, est intervenue pour réaffirmer le nécessaire respect de ces valeurs par la France, dans une période où le monde s’inquiète du possible repli sur lui-même de notre pays.

Retrouvez dans cet article la tribune complète de Fadila Mehal.

Madame la Maire, chers collègues, La question qui nous préoccupe ce soir est un sujet difficile. Difficile car nous devons agir au local alors que les causes qui déterminent notre action sont de dimension, européenne, internationale, voire planétaire. De quoi s’agit-il ? D’exode, que dis-je, de l’errance de millions d’êtres humains qui fuient leurs pays pour se réfugier dans le nôtre, à cause de la guerre, des dictatures, des désastres climatiques, de la sécheresse ou tout simplement de la misère.

Que faire ? Premièrement, si nous ne nous attaquons pas aux causes mêmes qui créent ces migrations internationales, c’est encore et toujours des millions de personnes qui tenteront de franchir la méditerranée, devenue bien malgré elle un cimetière à ciel ouvert. Co-développement, soutien aux démocraties des pays émergents, soutenir l’Afrique, la panoplie est large de ce qu’il convient de faire en termes économique ou de relations internationales. Mais dans cette attente, ces personnes qui fuient par milliers sont là ? A Paris, dans nos rues, sous nos ponts, dans nos parcs et nos jardins. Allons-nous détourner la tête et passer notre chemin ? Les parisiens ne le comprendrez pas, eux qui demandent, avec raison et parfois avec agressivité que les campements sauvages qui créent l’insécurité, la misère urbaine et une hygiène désastreuse, soient démantelés au plus vite.

Mais au-delà des parisiens, c’est notre conscience de citoyen qui nous commande de réagir et de trouver une solution qui allie humanité et responsabilité. Comme vous le savez, je suis une élue du 18ème arrondissement, là où va être implanté le centre d’accueil pour les migrants. Aussi quand la Maire de Paris a annoncé, sans prévenir d’ailleurs les élus de l’arrondissement, du moins ceux de l’opposition, de l’installation d’un centre d’accueil au Bd Ney, j’ai dû très vite prendre mes responsabilités, en conscience. Bien que la Sacro-sainte concertation érigée en Totem au sein de l’exécutif n’aie pas été au rendez-vous lors de cette annonce, (cela a été réparé depuis par Mme Versini) au-delà de cet agacement légitime, j’ai pensé d’abord à l’intérêt de notre ville, de ses habitants et de ceux qui y transitent parfois, bien malgré eux. Au même moment certains mettaient en ligne une pétition pour dire non au camp de migrants dans le 18éme, j’ai pris mes responsabilités, comme tous les membres du groupe UDI-Modem, qui croient à la vertu de la vérité et du courage en politique.

Chers collègues, je vous le demande peut-on être à la fois contre les campements sauvages, illégaux qui ont été la honte de Paris notamment dans les 18ème, 19ème arrondissement, je pense notamment au jardin d’Éole, à la Halle Pajot, Stalingrad, à la place de la mairie et rejeter d’un revers de main une solution qui pouvait résorber les campements sauvages et les 26 évacuations parfois violentes qui ont laissé de vrais traumatismes, chez les migrants, les migrants et les forces de l’ordre.

S’il fallait une autre raison pour soutenir l’implantation du centre d’accueil la vérité m’oblige à dire que je suis viscéralement attachée à notre État de droit, qui nous permet de vivre ensemble dans la concorde et dans l’harmonie. Je crois à la force des traités internationaux notamment la convention de Genève de 1951 qui encadre et protège le statut des réfugiés. Cette convention nous oblige, et nous devons continuer à accueillir les réfugiés, dans un esprit de solidarité internationale, c’est notre tradition et notre honneur. Ils étaient russes blancs au début du 20ème siècle, juifs polonais fuyant les pogroms, espagnols durant la guerre d’Espagne ou naufragés des Beot people durant la débâcle de Saigon. Beaucoup sont français aujourd’hui, français de sang mêlés .Faut-il en finir avec ce récit national ? Faut-il en finir avec cette histoire de France .Je ne le crois pas, Paris peut sans se renier ni perdre son identité accueillir 400 hommes réfugiés pour 18 mois. Pour le 18ème ou vivent 205.000 parisiennes, cela représente 0.10 % de sa population. Alors m’ont dit certains pourquoi avoir choisi le 18éme qui cumule déjà beaucoup de difficulté : pauvreté, chômage, problème de sécurité, de propreté conduites addictives, prostitution ? Les arguments peuvent être entendus et il faut redoubler d’efforts pour que certains quartiers du 18éme et de sa périphérie sortent de cette spirale de l’échec. Pour autant et c’est là la vraie question, est ce que le camp de migrants va amplifier ces difficultés cumulées ? En toute honnêteté je ne le crois pas. Avec mon groupe nous avons tenu, accompagné par Dominique Versini que je remercie, à visiter les lieux.

Nous y sommes allés dans cette friche de la SNCF et nous avons vu ses modules en bois qui vont servir d’abri, nous avons parlé au directeur Mr Morel et à l’équipe de Solidarité –international. Des garanties de sérieux et de rigueur nous ont été données pour que les 400 hommes accueillis dans la dignité vivent cette première étape d’accueil temporaire (de 2 à 10 jours) et continuent ,ailleurs, leur parcours en obtenant soit leur statut de réfugiés, dans la négative être reconduit à la frontière. Car sur le sujet, il faut être en cohérence la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais comme le rappelait Michel Rocard, elle soit y prendre sa part. Et nous le faisons car 19.000 migrants ont été pris en charge à Paris entre juin et septembre 2015, dans le cadre de dispositifs de l’État, et nous le faisons aussi en accueillant dans ce centre 400 hommes isolés Nous devons le faire en toute transparence, et nous le disons sans ambiguïté, car nous savons que l’emplacement sera provisoire dans 18ème et que dès que le projet du campus universitaire Condorcet, pour lequel nous nous sommes tant battus, entrera dans sa phase active, le centre de migrants devra trouver un autre lieu. Cet engagement la Mairie de Paris devra le respecter afin de ne pas attiser la division, dresser les uns contre autres, les migrants contre la communauté éducative.

Madame la Maire, chers collègues, Paris n’aura pas le label ville- sans migrants, et c’est notre fierté et notre honneur. Nous avons en nous parisiens, la force et les ressources nécessaires pour accueillir « ces damnés de la terre » mais il faut que nous le fassions dans la transparence et le respect des parisiens. En leur disant la vérité et en trouvant les moyens pour cette charge nouvelle soit aussi supportée par l’État, ce qui le cas. Pour toutes ces raisons, nous voterons dans la clarté l’implantation de ce centre avec l’espoir qu’une dynamique métropolitaine se mette en place. Nous vivons des jours difficiles, le monde frappe à notre porte, la misère qui l’accompagne nous oblige à ne pas attiser le chiffon rouge du populisme pour enclencher les peurs. Au contraire nous devons redoubler de maitrise et de responsabilité pour trouver des solutions, à notre portée, au malheur du monde.