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Parité dans les assemblées : la France lanterne rouge

A l’occasion de la parution du dernier classement international de la parité établi par l’union interparlementaire, qui évalue la représentation féminine dans les assemblées nationales, la France dégringole de la 36ème place (déjà peu glorieuse) à la 60ème place.

Retrouvez l’analyse de ce triste palmarès Fadila Mehal, Présidente de La République ensemble, dans une tribune publiée dans le Huffington Post le 26 août 2016 :

Voilà un palmarès qui va faire couler beaucoup d’encre. Le dernier classement international de la parité établi par l’union interparlementaire qui évalue la représentation féminine dans les assemblées nationales, place la France au 60ème rang mondial alors que quatre ans plus tôt, en juin 2012, elle occupait la 36ème position, ce qui déjà n’était pas très glorieux. La France plonge donc lamentablement dans les profondeurs du classement pour son incapacité à bâtir un système politique représentatif, digne des démocraties les plus modernes.

Le Rwanda tête du classement fait pâlir la France avec ses 63,8% de femmes à l’Assemblée alors que nous ne comptons que 26,2%, après deux lois dites de la parité accouchées dans la douleur. La France, pays où règne la paix se classe juste avant l’Irak, pourtant en proie aux pires affrontements dans un état en guerre peu propice à la démocratie.

Quel est donc ce tropisme purement français qui fait que de grands partis de gouvernement préféreront payer des amendes qui risquent d’être prohibitives depuis la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle, que de donner une juste place à la moitié du corps électoral? (les femmes représentant 52,6% des électeurs). Les retenues financières qui seront doublées lors des prochaines élections législatives de 2017 en cas de non parité, feront-elles reculer le plafond de verre qui prévaut dès qu’il s’agit de donner des circonscriptions gagnables aux femmes ?

La France pays des droits de l’homme et qui affiche la valeur d’égalité au fronton de ses écoles, ne donne pas le bon exemple. Et pas seulement à l’Assemblée nationale ou au Sénat, aux dernières régionales elles étaient trois à devenir présidentes de région sur les treize élus. On est encore vraiment loin du compte ! Mais ce qui est vrai en politique, qui reste le sacro saint lieu du pouvoir, l’est encore très globalement dans tous les champs de la vie publique, même si des progrès notables sont intervenus. Ainsi dans le domaine culturel sur les 100 plus grandes entreprises, 93 sont dirigées par des hommes et que dire des PDG du cac40 où seule une femme exerce des fonctions exécutives.

Le haut conseil à la Parité, instance placée près du premier ministre, aura beau s’indigner et manifester son inquiétude sur ce triste bilan, la disparition d’un ministère dédié à l’égalité femmes- homme lors du dernier remaniement sonnait déjà le glas d’un engagement qui n’était plus prioritaire et comble de la maladresse, l’exécutif avait même noyé dans un même ministère, le droit des femmes, l’enfance et les familles. Un signal subliminal qui en disait long sur l’impensé sur les femmes et rappelait qu’elles étaient toujours ramenées à leur fonctions reproductives ou domestiques. Pas de chance pour l’égalité des femmes !

A l’heure où les citoyens appellent à un autre système politique moins concentré, moins endogamique, à l’heure où nos compatriotes nous exhortent au renouvellement du personnel politique, le non cumul des mandats semblait une bonne opportunité pour oxygéner notre démocratie et laisser plus de places aux femmes. Hélas, mille fois hélas, il semblerait que des amendements se préparent pour retarder l’application de cette mesure salutaire. Sur ce point, les clivages politiques, gauche droite, importent peu car certains de nos élus peaufinent déjà ensemble leurs argumentaires pour sauvegarder un système pourtant à bout de souffle mais qu’ils veulent faire perdurer coûte que coûte.

Malgré ce contexte difficile, ne baissons pas la garde. Dès cette rentrée vont se jouer les investitures pour les prochaines législatives 2017, il est important qu’une mobilisation de tous permette un changement radical pour que la parité en politique ne soit pas l’éternel rocher de Sisyphe.

Chacun d’entre nous a un devoir moral de porter ce changement. Au sein de nos partis respectifs, engageons le rapport de force lors des commissions d’investiture et faisons en sorte que la composition du prochain hémicycle de l’Assemblée nationale et du Sénat soit à l’image du visage de la France: feminin, métissée, représentatif des âges, des métiers et des territoires
C’est un combat démocratique qui doit tous nous rassembler, il faut que la France retrouve son rang et à l’instar de nations plus audacieuses, apprenne à conjuguer l’égalité au présent.

Fadila Mehal, Présidente de l’association La République ensemble